19.02.2008
Realite ou leurre ?
Nous avons trouvé Madame le Ministre un peu nerveuse mais très « professionnelle » voire quelque peu trop technicienne et souvent donc incompréhensible.
Sa grande fierté fût de revendiquer plus de 300 000 créations d’entreprises pour l’année 2007 et la création de plus de 300 000 emplois, ce qui selon elle, n’a pas suffisamment été relayé par les media.
Nous avons voulu savoir quelles étaient ces créations d’entreprises et d’emplois dont Madame le Ministre se targuait avec tant de fierté. Realite ou leurre ?
Nous avons cherché des informations de dernière fraîcheur avec le plus grand nombres d’indicateurs possibles, le résultat de cette recherche nous a paru bien mince mais cependant intéressant.
Tout d’abord, l’INSEE confirme pour l’année 2007 le nombre de 321 500 créations d’entreprises.
http://www.insee.fr/fr/indicateur/indic_conj/donnees/crea....
Toujours selon l’INSEE, en 2006, près de 322 000 entreprises (321 900 exactement) avaient été créées, ce qui représentait une augmentation de près de 2 % par rapport à 2005.
Madame le Ministre a cependant oublié de préciser 2 points essentiels, qui nous apparaissent comme mettant en cause ses calculs.
Primo, la définition de création d’entreprise a changé. A partir de janvier 2007, la définition des créations d'entreprises est modifiée afin d'harmoniser les statistiques au niveau européen. Dorénavant, une création d'entreprise correspond à l'apparition d'une unité légale exploitante n'ayant pas de prédécesseur, c'est-à-dire que la création d'entreprise doit obligatoirement être accompagnée de la mise en œuvre de nouveaux moyens de production.
Définie ainsi, la nouvelle notion de création d'entreprise est plus large que la notion de création pure qui était utilisée dans la note de conjoncture mensuelle de l'APCE jusque-là. En effet, en plus des créations pures, la nouvelle notion comprend aussi les réactivations dont la dernière cessation est survenue plus d'un an avant la nouvelle création (environ 60 % des réactivations) et les reprises d'entreprises pour lesquelles il n'y a pas de continuité de l'entreprise (environ 25 % des reprises). La continuité d'une entreprise reprise est évaluée à partir de la localisation de l'entreprise et de l'activité exercée.
Cette modification de concept de création d'entreprise s'accompagne également d'un élargissement du champ d'activité des entreprises. Jusqu'en 2006, la création d'entreprise ne concernait que les activités du champ ICS (Industrie, Commerce et Services). Le nouveau champ d'observation mis en place à partir de 2007 s'étend donc à l'ensemble des activités marchandes hors secteur agricole. En plus des activités du champ ICS, viennent s'ajouter les activités financières, les activités de location de biens immobiliers et certaines catégories juridiques (qui sont essentiellement des associations marchandes, des établissements publics administratifs ou des sociétés civiles). Les nouvelles activités qui ont élargi le champ d'analyse représentent environ 3,5 % des créations.
Secondo, il est à noter que le nombre de chômeurs créateurs d’entreprises et bénéficiaires de l’ACCRE a été en très forte augmentation en 2007, 105 700, près de quatre fois plus qu’en 2002. En effet, la suppression du dossier économique pour l’obtention de l’ACCRE a rendu plus facile l’octroi de cette aide.
Ce sont les chômeurs qui ont le plus fortement été incités à créer des entreprises du fait de la simplification des démarches (loi d’initiative économique) et on constate qu’il s’agit pour cette population de créateurs d’assurer généralement leur propre emploi. Cela explique aussi la forte augmentation des entreprises sans salarié : + 57% depuis 2002.
Ce second point est criant. Les demandeurs d’emploi cumuleraient à eux seuls un tiers des créations d’entreprises en France et sortiraient par la même occasion des statistiques des demandeurs d’emploi. HABILE SOIT MAIS NOUS NE SOMMES PAS DUPES. Il faudra vérifier quelle est la pérennité de ces nouvelles entreprises.
Il est important de préciser que près de deux tiers des créations appartiennent à des secteurs peu employeurs au démarrage de l'activité (services aux entreprises, santé, activités artistiques…). Ce ne sera donc pas ces créations qui généreront de l’emploi.
Pour boucler la boucle, d’après les chiffres de la Banque de France le nombre des défaillances (une entreprise est en situation de défaillance ou de dépôt de bilan à partir du moment où une procédure de redressement judiciaire est ouverte à son encontre. Cette procédure intervient lorsqu'une entreprise est en état de cessation de paiement, c'est-à-dire qu'elle n'est plus en mesure de faire face à son passif exigible avec son actif disponible) d’entreprises pour 2007 s’est monté à 50 415, en légère hausse par rapport à 2006.
http://www.banquedefrance.fr/fr/stat_conjoncture/telechar...
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